Hegel-Logique-tome-1

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100 CHAPITRE XII.exister sans elle. Et, en effet, toutes les sciences se serventdes idées logiques, — de Y être et du non-être, de la quantité,de la qualité, de la cause, de la substance, du fini et deY in fini, du sujet et de Y objet, etc. ; et elles s'en servent,non comme d'un élément purement subjectif et accidentelde la pensée, mais comme d'un élément objectif et absolude la pensée et des choses tout à la fois. C'est ainsi que lemathématicien se sert de la quantité, ou de Y infini, et quele physicien se sert ou de ces mêmes notions, ou bien desnotions de cause, de substance, de loi, du positif et du négatif,etc. Qu'on s'en serve sans en avoir la conscience età l'aventure, et qu'on aille même jusqu'à nier qu'on s'ensert au moment même où Ton s'en sert ;que le métaphysicien,par exemple, en disant que Dieu est F être, prétendenous donner la définition la plus profonde de Dieu, tandisqu'en réalité il n'y en a pas de plus superficielle; ou qu'ilaccorde à la cause une valeur et un sens qu'elle n'a point;ou bien qu'on nie qu'il y ait l'idée de Yêtre, pendant qu'ondit que Dieu est, que les principes sont, et que les chosessont, ou enfin qu'on nie que le non-être soit, tandis qu'onadmet que le négatifesi ;qu'on fasse, disons-nous, un usageirréfléchi et irralionnel de ces idées, cela n'en affecte nullementla nature et l'importance, et la logique de Hegela précisément pour objet de systématiser ces idées, demettre en lumière et d'élever à la conscience cette substancelogique, pour me servir de l'expression de Hegel,qui vit et se meut en nous et dans les choses. L'essentielest de constater qu'on s'en sert, et qu'on ne saurait avancerd'un pas sans s'en servir.Maintenant, par cela même qu'elle est la science uni-

LA LOGIQUE A UN CONTENU ABSOLU. 101verselle,que toute autre science présupposera logique estune science qui a un objet propre et distinct, mais qui enmême temps pénètre et se reproduit dans les autres sphèresde la connaissance. Et, comme en elle la forme et lecontenu sont inséparables, elle s'y reproduit avec sa formeet son contenu ; ce qui fait qu'il n'y a pas de science quipuisse se constituer sans elle, ou, ce qui revient au même,qui puisse se constituer suivant une autre méthode que laméthode absolue. En d'autres termes, et pour me servird'un langage plus conforme à la pensée hégélienne,l'idéelogique est l'idée de laquelle toute autre idée,— l'idée danslanature, ou dans l'esprit, — reçoit sa forme et une partiede son contenu, de sorte qu'on peut dire d'elle qu'elle enveloppe,et qu'elle est enveloppée ;qu'elle enveloppe touteschoses, si on la considère du côté de l'abstraction et del'universalité, et qu'elle est enveloppée par toutes choses sion la considère du coté plus concret de l'idée, ou de l'idéetelle qu'elle existe dans la nature et dans l'esprit.S'il en est qui trouvent cette conception peu intelligible,ou trop subtile pour être admise, nous n'avons qu'à appelerleur attention sur ce qui a lieu dans les sciences mathématiques,et dans leur application, pour leur montrerqu'elle n'est ni aussi inintelligible, ni aussi subtile qu'ils lepenseur. Que fait, en effet, le mathématicien? Il détermined'abord sa formule, laquelle n'est au fond qu'une idée dansson existence abstraite et absolue, et puis il l'applique à lanature, au système planétaire,aux forces mécaniques, chimiqueset organiques. Que la formule et son applicationsoient exactes ou non, c'est là un point qui n'affecte enaucune façon la nature du procédé. Or, si ce procédé a un

100 CHAPITRE XII.

exister sans elle. Et, en effet, toutes les sciences se servent

des idées logiques, — de Y être et du non-être, de la quantité,

de la qualité, de la cause, de la substance, du fini et de

Y in fini, du sujet et de Y objet, etc. ; et elles s'en servent,

non comme d'un élément purement subjectif et accidentel

de la pensée, mais comme d'un élément objectif et absolu

de la pensée et des choses tout à la fois. C'est ainsi que le

mathématicien se sert de la quantité, ou de Y infini, et que

le physicien se sert ou de ces mêmes notions, ou bien des

notions de cause, de substance, de loi, du positif et du négatif,

etc. Qu'on s'en serve sans en avoir la conscience et

à l'aventure, et qu'on aille même jusqu'à nier qu'on s'en

sert au moment même où Ton s'en sert ;

que le métaphysicien,

par exemple, en disant que Dieu est F être, prétende

nous donner la définition la plus profonde de Dieu, tandis

qu'en réalité il n'y en a pas de plus superficielle; ou qu'il

accorde à la cause une valeur et un sens qu'elle n'a point;

ou bien qu'on nie qu'il y ait l'idée de Yêtre, pendant qu'on

dit que Dieu est, que les principes sont, et que les choses

sont, ou enfin qu'on nie que le non-être soit, tandis qu'on

admet que le négatifesi ;

qu'on fasse, disons-nous, un usage

irréfléchi et irralionnel de ces idées, cela n'en affecte nullement

la nature et l'importance, et la logique de Hegel

a précisément pour objet de systématiser ces idées, de

mettre en lumière et d'élever à la conscience cette substance

logique, pour me servir de l'expression de Hegel,

qui vit et se meut en nous et dans les choses. L'essentiel

est de constater qu'on s'en sert, et qu'on ne saurait avancer

d'un pas sans s'en servir.

Maintenant, par cela même qu'elle est la science uni-

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